mercredi 20 octobre 2010

L'oeuvre d'art ne vaut-elle qu'en elle-même?: Du jugement au discernement. 1


























Marcel EICHNER "8 x Elmer" 2010
gouache, acrylique et encre sur toile
170 x 140 cm



Au-delà de ce que montre une oeuvre d'art, ou de ce qu'elle ne montre pas, il y a en elle, et à travers elle, ce qui définit l'artiste dans son rapport au monde. Ainsi si nous envisageons l'oeuvre comme élément d'une démarche, partie d'un tout, nous pouvons l'appréhender dès lors qu'elle est fixée, comme un temps de la quête prenant visage, comme une expression autant incomplète et liminaire qu'incisive et universelle.


La trace visuelle profonde et intime d'une tentative de dialogue de l'artiste avec lui-même, questionnant cette nécessité créative, mais aussi sa compréhension du monde jusqu'à la place qu'il y tient. Au-delà de l'oeuvre que nous tentons de lire, il y a cette voix qui surgit, sens ouverts, qui nous entretient de ses mystères et lorsque l'on croit avoir épuisé les signes, flottent encore les bribes ciselées d'une singulière formule dont l'absolu reste à jamais inconnu.. Mais croit-on avoir compris qu'aussitôt, comme si souvent, le sentiment s'efface... Reste le goût de la question...

On ne peut prétendre saisir une oeuvre dans le sens que l'artiste porte en elle, comme dans son expression intrinsèque, ou la vision qu'elle provoque, sans la resituer dans une vie de création, ses contextes multiples à infinis, la démarche d'une vie entière.

Vouloir envisager l'oeuvre dans sa globalité serait peut-être, pourtant, déjà une erreur. Car nous omettrions, présomptueux, toute cette part encore en suspension, circulant dans l'éther, libre de combinaisons, structure ouverte reliée au cosmos, substance en gestation attendant de s'incarner, naître à notre vue enfin...

Nous nous priverions de découvrir peut-être la vision de l'artiste dans sa vraie nature, tendue dans la volonté de saisir et d'exprimer au plus près ce que lui dictent sa pensée, sa mémoire, ce cheminement vers le sens qui s'est à un moment imposé, flamboyant... une vision à instant seulement. Comme une clairvoyance en mouvement virevoltant au gré d'un sens qui s'ébruite, s'effrite, parvient encore pourtant dans la tempête que le processus à généré, à saisir quelques parcelles, à retrouver le fil de la piste brouillée, une couleur, une épaisseur, une tonalité, une scansion noire et charbonneuse, une texture, l'ébauche d'un volume...

.. la réminiscence que les yeux ont touché, cette évidence avant qu'elle ne s'enfuie.

Je songe à Christian Boltanski, tant décrié avec sa dernière oeuvre: "Personnes" montée pour "Monumenta" 2010. Une surmédiatisation momentanée qui a tout compte fait réduit cet artiste à cette seule oeuvre, comme s'il n'en avait produit aucune autre, oblitérant tout le processus créateur qui l'y a conduit. Cet homme de 66 ans, évolue pourtant dans une démarche artistique depuis l'âge de 13 ans.

Je pense encore à Salvador Dali qui avant de devenir le surréaliste que nous connaissons, a fait moultes incursions dans les divers courants ayant surgi au moment de sa formation. Pourquoi ne pas évoquer alors la période cubiste de Duchamp? Souvenez-vous également de Picasso, qui amoureux à nouveau, pouvait se remettre à peindre de façon figurative après avoir intensément digressé en tous médiums, dans cet entre-deux avant l'abstraction.

Je me souviens également des installations de Sarkis, dont certaines m'avaient fait sourire, - il y avait de l'humour mais je n'y voyais que de l'esbroufe -, acquérant avec le temps toujours plus d'élégance. Je veux encore citer Vincent Bioulès qui initiera le groupe Supports-Surfaces avant d'en revenir à dépeindre une certaine mémoire du temps par l'exploration du paysage.

Oui il est bon lorsque l'on ouvre une porte sur une forme d'inconnu d'aller à sa découverte au lieu de se contenter de rester sur le seuil, d'en examiner les signes extérieurs, revenant à en faire un ersatz vide de sens.

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