samedi 13 novembre 2010

Mood of my day



Couchée sous l'arbre, collée dans l'herbe humide, les pieds relevés contre le tronc, je me déplie. La terre est encore chaude. Les feuilles crissent. Les couleurs de l'automne ont mangé mes yeux. Les ai planté au ciel, pour capter les restants de soleil.. Les frondaisons gémissent, découpant des pans de bleus, morceaux d'éther. Les grands poissons blancs fendent l'aquarium et font des taches au sol... Les ombres de l'instant, se rapprochent, grandissent et puis détalent lestement.

Tiens, un hippocampe.. un requin, et ça ce n'est pas un croissant de lune? Soudain ton visage, profil fin et terrestre, apparaît dans les bords déchirés. Allez viens... une dernière fois...

La terre touche le ciel. Mes doigts sont gourds. Le vent traverse mon gilet, s'engouffre sous ma peau. L'hiver qui vient. Il est temps que je parte. "Attends encore un peu!"

Mes pensées s'escamotent, magiciennes. Ma tête de cristal est vide, enfin. Il n'y a plus qu'à entendre et à voir, mes billes s'affolent au monde qui tremble dans le vent, se posent sur l'écorce. Les mots d'avant, gravés, idéogramme, pas d'oubli. La route est loin, l'air est libre, je sens mon couteau dans ma poche. Irai-je biffer la cicatrice? 

Blesse tendresse.. Lasse, je laisse ses traces à reculons, ma peine est gravée dans mon crâne. J'aurai  voulu... Plus tard, après moi, je sais qu'elles seront encore là. 

La tête renversée sur la racine exsangue, que l'herbe adoucit, je construit un dernier château dans le ciel..
Me relève et m'étire endolorie. Le vent me frappe. Je m'agenouille dans les herbes pour détacher une fleur d'ortie, et goutte les yeux fermés le sucre qui s'écoule, du pédoncule blessé.. 

Il est temps que je parte, comment me détacher. Au sol un cercle de cailloux. Je dégomme le tout, amère.
J'avale mes regrets, j'efface mes larmes du plat de ma semelle, enfourche mon vélo. 

Il est temps que je parte, la vie m'attend. Retrouverai-je le chemin de la ville? Le ciel me fait un dôme... Pour une seconde, je me sens élue. Le rouge aux joues,  je ramène le vert au gris, et le feu qui court les campagnes me suit. La ville entre en ma chair comme l'âme métallique. Muette, sans un cri. Mes mots sont restés en arrière, plantés dans le tronc. Semence des jours à cueillir. Une dernière pensée saigne au bord de mes yeux.

Je sais que demain, une fois encore, je me battrai en duel avec ma fin de nuit.

Lire la suite...

vendredi 12 novembre 2010

L'amour de l'art, ou la nature de la perception.

Mimmo Paladino- Clair de lune, 2008/2009
Technique mixte sur toile. 200 x 300 cm

Je me demande souvent pourquoi une oeuvre happe soudainement et totalement mon regard. Mes émotions le suivent de près et mon esprit n'est jamais loin qui survient à essayer de comprendre. Non le sens de l'oeuvre, mais pourquoi je suis là, vibrant, ébahie, ou tombée par terre, avec le sentiment que je me trouve face à un langage qui semble universel. 

Il y a que je suis dans le désir soudain. Et j'ai la sensation qu'au travers de l'oeuvre, l'artiste est parvenu à se hisser loin au dessus des lieux communs, jusqu'à se trouver, puis s'effacer et laisser parler son ouvrage, qui vit seul, hors de lui, dans le regard que nous lui portons, combinant une multiplicités de perceptions et de points de vue. Lui même ne peut plus parvenir à en saisir, qui lui échapperont toujours, les myriades de sens et d'acceptions qui ramifient. Mais le veut-il seulement? 

C'est ce qui fait, que je continue d'être là, désirante, les sens en appétit, l'esprit aiguisé et le coeur en chamade. Il y a quelque chose de l'ordre du sensible, mais je sais aussi que mon attirance tient à cet au-delà des apparences visibles, dans ce qui n'est pas dit, restant énigmatique. Comme une question posée. Et j'aime les questions, les poser c'est être toujours en vie.

L'oeuvre est une étape, et quoi qu'il décide d'en arrêter un jour le traitement, elle sera toujours incomplète et l'artiste le sait. Que cherche-il? Nous offrant son ouvrage, tente-t-il de se relier à nous? Nous unissant par là, et nous laissant reconstruire son oeuvre, nourrissant son propos.. Je crois qu'un artiste atteint la plénitude de son but, un instant, lorsque les spectateurs accèdent, en des temps et des lieux divers, à cet espace où le regard, la perception et l'esprit travaillent de concert, ouverts, prêts à recevoir et follement amoureux. Parce qu'entre l'oeuvre est le spectateur il est question d'amour aussi, et du désir qui le nourrit.
Mais l'artiste n'attends peut-être pas tout cela. Il sait qu'une fois l'oeuvre produite, elle lui échappe. Il est juste désirant, lui aussi.

Je sais que nous regardons et considérons l'art, ou non, au travers de nos propres filtres, culture, nature, éducation.... et ils sont si différents. Cela ne doit pas nous empêcher de prendre position. Ayant des amis artistes je sais aussi combien certains se fichent éperdument de savoir ce que l'on pensera de leur démarche, voire même du résultat. Alors j'ai souvent posé LA question, pourquoi créés-tu? La réponse qu'on m'a donnée: "je ne peux pas faire autrement".

Je crois que c'est ce que je ressens face à l'oeuvre, qui me désarçonne la perception et me porte aux nues, cette nécessité intérieure impérieuse, dont l'oeuvre est l'incarnation, et ce sentiment de communion, avec ce que l'art a de sacré, à savoir le pouvoir de création et de recommencement, dont nous pouvons nous saisir, et par lequel nous pouvons nous sentir vivants.



Lire la suite...

dimanche 7 novembre 2010

Mood of my day



Fluides et sombres hybrides toujours tranchants au coeur, troublant hommage. Le coeur de tristesse saisi, les yeux qui cherchent, focale distante de mise, éprise cependant. Où l’on ne va plus, d’où l’on ne revient pas. 

Mais la voix de Lisa nous enserre en son fil, gravité suspendue tourmentée, essentielle et fragile, drap de mélancolie. 

-"Toi, beauté qui me porte depuis toujours, ma tendresse à l’écran, l’amour en moi qui me dévore encore, garde mon secret: l’absence à mon regard est brulûre à mon coeur.. "-

-"Non, tu n’y es plus, mais tu le sais, tu es partout"-... 
Dans les pans de ciel, l’ombre des herbes qui s’allongent sous le soleil rasant, l’éclat de lumière qui me happe, dans le froid de la nuit qui vient, je te cherche, tu tempêtes et vitupères, la douceur de ta voix soudain, tes yeux qui me percent, je dégringole, nos pas claquant sur le pavé, le frôlement de ton épaule, un ailleurs infini, cruel et doux. "-

L’enfant d’alors, cotoîe notre âme nouvelle. -"Reste s’il te plaît, toi, guetteur de temps, vive sentinelle, gardien des tendresses passées. Songe à l'ange de dentelles et de couettes défaites, et au diable rieur, cheveux au vent, toi qu’on adorait, petite reine des dunes, et toi qui était si seul, elfe espiègle et frondeur"- .. 

Regard mobile, plein de désir... -"Où sont mes bonheurs et mes joies endormis? Et toi dis-moi où tu ères!"-  Ma stupeur imprimée dans les chairs, lacère, déchirée. -"Ame douce en miroir, mon enfant qui sait, chante, parle moi encore. Car si la saveur m’est tendre et l’humeur d’amertume, le frisson m’est d’amour et d’oubli."-

Qu’importe, l’élégance du souvenir me guidera encore. -"Et puis c’est toi l’oiseau maintenant"-.

Tu flottes le ventre en vrille emplit de cette voix en volutes aux confins du sacré, et revois l’horizon des émotions anciennes, les douces, les oubliées, les désirées, les craintes, les passionnées, les détestées, les tant aimées..

-"Je voulais mettre encore mes pas dans les tiens, bonheur chaud sous les pieds, revivre l’offrande en cailloux, traces de dunes et colliers d’herbes tressées. C’est vrai, j’avais troué ma robe en dentelle sur les grands chardons bleus, ..blessé mes pieds sur les couteaux et les bois flottés. Et tu étais là, à me panser.... pincer la chair tendre et rosée. Je veux boire encore l’eau fraîche dans le creux de tes mains.»-

Mon ombre, l’eau des regrets et des pleurs, reflètent tes rires en étincelles. Mais j’aperçois tes yeux qui soleillent. 

"Tu as encore taché ta robe dans les fleurs! "

Ma peur tapie, je pleure.. et puis souris.

Où le langage a déserté, vivent encore les ombres des enfants... Là l’oeil existe à l’état d’amour, sauvage et vivant. 


"La vie est belle à proportion qu’elle est féroce." 
Sainte Colombe à Marin Marais - Tous les matins du monde, Pascal Quignard



Lire la suite...