vendredi 5 novembre 2010

L'art, inutile et nécessaire? Vous prendrez bien un soupçon de beauté...

Alejandro Diaz - Naked Artist Inside - 2008, néon
On associe souvent l’art à la beauté, mais également au luxe, ou peut-être à l’idée qu’on s’en fait.
L’art est en bonne place des utopies qui n’ont aucune priorités dans le panier de la ménagère. Néanmoins j’entends souvent dire que si l’art n’est pas utile, il doit au moins être beau... (sic) 

Qu’est ce qui est beau, sinon ce qui est pourvu de beauté? Mais la beauté, comment la définir? Selon quels critères? Est-ce seulement une affaire de goût, ce qui lui donnerait un statut très relatif? N’y a-t-il pas en art quelque chose de plus universel et qui nous relie tous? Est-ce donc cette chose mystérieuse que seule l’âme intime et détachée peut «concevoir, reconnaître» (Mme de Staël) à défaut de l’imaginer? Un peu comme le souvenir que l’on aurait toujours eu d’un ciel lumineux et sans nuages.. On rattache visiblement à l’art une nécessaire valeur esthétique. De lui, nous attendons la beauté, car elle serait l’universelle croyance d’une «promesse de bonheur» (Stendhal). Nous voudrions donc la beauté, en ce qu’elle nous aide à vivre, et l’art serait un des moyens d’y accéder? Ainsi, inutile mais nécessaire, nous voyons en l’art, le moyen de traduire et d’atteindre à un idéal de beauté... 

L’idéal, notion dont il est bon de préciser qu’il n’a d’existence qu’intellectuelle, étant par définition dérivé de l’idée. Ce qui fait qu’il ne peut être perçu par les sens... Voilà bien une chose étrange que de vouloir l’idée si impalpable de la beauté, en ce qu’elle touche à un absolu, et cela pour éclairer nos vies si matérielles! Non? Mais est-ce tellement illogique?

Nous allons irrémédiablement d’un point à un autre, nous connaissons l’issue ultime, cela nous conduit à «remplir» nos vies matérielles intensément avant qu’elle advienne... ou pas. Comment «remplissez-vous» vos vies? 

Il y a une solution dans l’horizontalité linéaire de son déroulement qui résonne pour moi, comme une suite d’accumulations, du dépit, de l’amertume et du désenchantement. Mais tout est affaire de point de vue, n’est ce pas? Je continue pourtant à dire que si l’on songe, peut-être, à prendre un peu de hauteur, le point de vue change sensiblement. Dans cette verticalité, s’étagent le temps, la durée, l’expérience de chaque moment, à vivre intensément, alors l’issue, si elle n’en est pas moins proche, en devient peut-être moins cruelle à notre perception et à notre entendement. 

Et si l’art ainsi qu’en cultiver la manière dispensaient l’élan nécessaire à grimper à l’échelle, pour un large horizon, et un certain degré de verticalité? Et si nous ne sommes pas rigides à tous changements nous pourrions bien devenir «sages» ainsi debout dans l’air frais... Je souris, je n’ai pas envie d’être sage. Et loin de ces obsessions cliniques qui conduisent à faire ressembler sa vie à un catalogue Habitat... Ikéa, le choix est vaste.. «parce qu’il faut que tout soit beau»,  je ressens l’art comme nécessaire à ma vie. L’art est création et on peut vivre sa vie en la créant de même, en haut de l’échelle. Si la beauté existe c’est peut-être à cet endroit qu’elle peut naître. Cela n’empêche pas d’être critique, au contraire. Je sais juste que, quoi qu’on en pense, l’art fait partie de nos vies, il nous traverse tous.. et ce depuis fort longtemps. Monterez-vous à l’échelle?

A suivre...

"Nous sommes des anges déchus qui nous acharnons à remonter vers notre céleste origine." Christian Charrière
"L'art, c'est le plus court chemin de l'homme à l'homme." André Malraux
"L'art et rien que l'art, nous avons l'art pour ne point mourir de la vérité." Friedrich Nietzsche
"La beauté déteste les idées. Elle se suffit à elle-même. Une œuvre est belle comme quelqu'un est beau. Cette beauté dont je parle ... provoque une érection de l'âme. Une érection ne se discute pas ... Notre époque se dessèche à force de parlotes et d'idées." Jean Cocteau
"L'homme fait à tous les instants des déclarations définitives sur la vie, l'homme et l'art, et ne sait pas plus que le champignon ce qu'est la vie, l'homme et l'art." Jean Hans Arp






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vendredi 29 octobre 2010

Mood of my day



Je fonds à cette volupté, fluide à mes oreilles et à cette élégance, étreinte à mes yeux.. me laisse envoûter par ce charme étrange et graphique, à la raideur guindée des vieux ballets nautiques, où la chorégraphie compte chacun de ses gestes.
Le mélange singulier, rappelle ces échos futuristes aux tensions électroniques, habillés de couleurs diaprées, rythmant encore notre mémoire proche, dans ces tableaux dansés comme échappés de fêtes désuètes.

Le décalage enjoleur nous enlace et nous entraîne ailleurs. Nous sommes alors, spectateurs discrets, glissant légers, le long des villes graphiques de Schuitten et Peters. Et nous lorgnons par des verrières dérobées, des théâtres impromtus sous le signe de ballets-glamours, où le nautisme n’est plus qu'un prétexte. 

Nous sommes peut-être encore, muets témoins d’un musical interlude, dans une métropolis surnaturelle changée pour l’occasion en cabaret-piscine, réplique mélancolique sous globe d’une vie révolue, dévidant comme une boîte à musique, une ronde sans fin. Un rêve né dans les fantasmagories de Moholy-Nagy.

On imagine sans peine ces baigneuses surannées, semblant de porcelaine, resurgies des fifties pour la cérémonie, troquer leurs maillots démodés, pour une armure ajourée, façon Daft-Punk... Avec en plus une touche sexy et ce brin de coquinerie qu’on lit à leurs yeux rieurs. Voyez ces sourires pétillants qui défilent, séducteurs, accrochés à ces notes célestes et profondes, sur un rythme qui vous laboure le coeur doucement...

De la beauté de cette grâce ancienne, j’aime l’éloquence nouvelle. Les voir en tendres épousailles, empreintes d’humour et de poésie, ballets tranquilles, élégants et précis, lents et hypnotiques.. sur une musique qui s’écoule, aux exaltations de mon coeur, se répand et ruisselle.... Un bijou ciselé fascinant qui plonge dans état serein. Que cette chaleur liquide me fait l'oreille gourmande et l'oeil encore plus ébahi. Elle vous tend les bras, ..  qu'elle vous soit un délice.

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jeudi 21 octobre 2010

Pour Mémoire, traces: Abel Ferrara

















©Brad Stevens Abel Ferrara: la vision morale
FAB Press, Godalming, Surrey, Royaume-Uni, 2004



"La violence, c'est quand même terriblement graphique. Il y a dedans une énergie cinégénique incroyable. On entre dans le domaine de la métaphore, du symbole" Abel Ferrara 


Ce qui m'attire chez Ferrara c'est autant l'esthétique, d'une grande sobriété, que la narration, faite de la chair même des personnages, comme de celle des acteurs, mises au service d'un contenu qui a toujours du corps, et dont le propos et la puissance nous transpercent.

Il s'agit de cette capacité qu'il a de nous faire sentir l'humanité de ses personnages, et par la même de nous rendre la nôtre, parce qu'en suivant des pans de leurs existences, nous percevons à quels point nous sommes semblables dans nos quêtes et  nous prenons soudain conscience de nous-même, autrement.  Les préoccupations toutes en errances de ces individualités, peuvent nous toucher, car elles sont aussi les nôtres, peut-être bien au-delà de ce que nous voyons ou croyons voir.

Oui, il y a ce que nous ressentons et que nous enfouissons profondément, parce nous ne désirons pas nous en souvenir. Ferrara nous amène brutalement à y replonger et à nous rendre compte qu'au delà de notre petitesse d'êtres si seuls, il y a une certaine noblesse à être dans ce monde, en relation avec d'autres êtres tout aussi seuls que nous. Est-ce donc là la nature de ce qui nous relie?

Et c'est par cette plongée au coeur du réel et plus loin encore au coeur de l'intime, que le réalisateur dépeint la vision de ces ailleurs qui nous enveloppent et nous rassemblent, ainsi que la nature de toutes ces choses qui s'érigent entre nous, telles que le manque, la dépendance, l'addiction, la violence... mais n'est-ce pas nous qui les créons?  Et nous les montrant, il nous offre de nous en saisir, ou pas. Nous avons le choix.

ARTICLE: "Abel Ferrara et les figures du mal" Dominique Vergnes

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